Chapitre 46

Virage stratégique pour le business model de Féroce

Chapitre 46 - Virage stratégique pour le business model de Féroce - Féroce

Nous clôturons notre premier bilan avec près de 2M€ de CA et une entreprise rentable dès la première année. C'est une performance exceptionnelle, et j'en suis très fier. Malgré tout, si j'analyse en profondeur les chiffres, je dois me rendre à l'évidence : nos niveaux de marge sont insuffisants pour assurer la pérennité de notre projet sur le long terme.

Pourquoi ? Parce que notre modèle repose sur une exigence forte.

Notre cahier des charges implique une meilleure rémunération des éleveurs. Et dans le même temps, nous savons que le budget de nos clients n’est pas extensible. Nous ne voulons donc ni rogner sur la qualité, ni compresser les coûts au détriment des filières, ni augmenter nos prix.

Comment améliorer nos marges sans trahir notre mission ?

Notre principal levier, c’est la logistique du surgelé.

Un envoi nous coûte en moyenne 25€. Sur une petite commande, ce coût absorbe presque toute la marge. Pour rendre le modèle plus robuste, nous devons donc augmenter le panier moyen afin d’amortir la livraison beaucoup plus efficacement.

C’est cette réalité qui nous conduit à faire évoluer en profondeur notre business model pour maintenir, voire réduire, le prix de nos produits tout en améliorant la solidité économique de Féroce.

Prenons un exemple très concret.

Sur une commande de 100€, la matière nous coûte environ 50€, la livraison 25€. Il reste donc 25€ de marge brute, soit 25%, avant nos frais de fonctionnement. Une fois ces frais déduits, le résultat tombe autour de 6%.

Sur une commande de 200€, la matière coûte 100€, mais la livraison reste à 25€. La marge brute passe alors mécaniquement de 25% à 37%. Notre objectif de long terme se situe autour de 33%.

Autrement dit : ce n’est pas le prix du produit qu’il faut augmenter, mais celui du panier moyen.

Comment augmenter le panier moyen ?

Cette évolution est rendue possible par le développement de nos nouvelles filières : cochon, volaille, poisson.

Jusqu’ici, Féroce s’est construit autour d’une promesse forte. Désormais, nous pouvons porter une ambition plus large : devenir la référence des protéines animales les plus saines de la planète, livrées directement chez vous en surgelé.

Dans les prochaines semaines, Féroce évoluera donc vers un modèle de box par abonnement.

Le principe est simple : vous choisissez la taille de votre box, sa fréquence, puis les produits que vous souhaitez y mettre. Toutes les 4 à 8 semaines, vous recevrez votre sélection de protéines animales, et pourrez modifier l'assortiment au gré de vos envies.

La box débutera à 149€, ce qui nous assure d'amortir la livraison et d'être rentable sur toutes les commandes. 

Un modèle plus cohérent avec notre mission

Ce changement n’a rien d’un simple ajustement commercial. C’est une évolution structurelle, qui nous permet de mieux servir notre mission.

D’abord, ce modèle améliore nos marges sans augmenter les prix au kilo, et nous permettra même, à terme, d’offrir davantage de valeur à nos clients.

Ensuite, il rend l’activité beaucoup plus prévisible. En connaissant le nombre d’abonnés, les volumes commandés et les produits les plus consommés, nous pouvons anticiper plus finement les besoins de production et de stock.

Cette visibilité est cruciale.

Les cycles d’élevage sont longs : 3 à 4 ans minimum pour le bœuf, 2 ans pour la truite, 9 mois pour le cochon, environ 110 jours pour le poulet. Pour construire des filières exigeantes, il faut être capable de se projeter à 2 ou 3 ans.

Or nous demandons à nos éleveurs des efforts considérables pour respecter notre cahier des charges. En retour, nous devons être capables de leur offrir ce que trop peu de marques savent garantir : de la visibilité, de la stabilité, et des engagements crédibles sur les prix et les volumes.

Ce modèle est aussi plus cohérent avec notre vision de la nutrition.

Notre priorité est de promouvoir la santé humaine. Les viandes et poissons que nous proposons sont riches en nutriments, exempts de polluants, et pensés pour nourrir le corps en profondeur. Ils ont vocation à entrer dans votre quotidien, pas à rester cantonnés à une consommation occasionnelle.

Enfin, une relation de long terme avec nos clients ouvre aussi d’autres possibles : développer des contenus, des ateliers, des évènements, des expériences, des formes de transmission et d’inspiration qui dépassent le simple acte d’achat. Parce que Féroce a vocation à être plus qu'une marque de viande de haute qualité.

C'est aussi un avantage en termes de valorisation et donc de financement. Les entreprises avec des revenus récurrents sont beaucoup plus stables et solides, ce qui rassure les financiers. Il est donc plus facile de lever de la dette ou des fonds pour financer notre croissance et décupler notre impact sur la société.

Comment Féroce va évoluer vers la box ?

Pour que cette évolution ait du sens, elle ne peut pas se limiter à un changement d’offre. Elle doit aussi se traduire par une expérience client nettement meilleure.

Aujourd’hui, la gestion des abonnements est l’une des principales sources de friction : renouvellements partiels en cas de rupture, difficulté à modifier une commande, manque de souplesse pour ajouter ou retirer des produits, communication e-mail parfois confuse.

Nous avons tenté d’améliorer ces points, mais nous restons limités par l’outil que nous utilisons actuellement.

Puisque l’abonnement devient désormais le cœur du modèle Féroce, nous avons décidé de développer notre propre technologie, pensée pour notre métier, nos contraintes logistiques et les attentes réelles de nos clients.

Tout est conçu pour simplifier l’expérience :
choix et modification des produits,
sélection de la date d’envoi,
souplesse sur les échéances,
gestion plus intelligente des substitutions en cas de rupture,
pilotage plus fluide de la box dans le temps.

Nous travaillons depuis plusieurs semaines sur cette nouvelle version de Féroce. Elle sera proposée à nos abonnés à la mi-juin, avant une ouverture plus large durant l’été.

Une nouvelle vision du programme de fidélité

Cette évolution nous amène aussi à repenser notre programme de fidélité.

Je vous ai récemment demandé votre avis avec sincérité. Certains adorent les tee-shirts ou les tours de cou. D’autres, au contraire, n’y trouvent pas de valeur réelle.

Dans le même temps, beaucoup d’entre vous rêvent d’accéder à certaines pièces rares (araignée, hampe, onglet, os à moelle) qui sont presque toujours en rupture. Ce n’est pas un hasard : cela tient simplement à l’équilibre matière naturel de l’animal.

Nous réfléchissons donc à conditionner l’accès à certaines pièces rares au niveau de fidélité atteint. Par exemple, un premier palier pourrait permettre d’ajouter une pièce rare à sa box ; un niveau plus élevé donnerait accès à une part plus large du catalogue, avec davantage de possibilités d’ajout.

L’objectif n’est pas de frustrer, mais de mieux répartir l’accès à ce qui est rare, de récompenser la fidélité, et de créer un programme qui ait du sens dans l’univers Féroce.

Conclusion

Au fond, cette évolution va bien au-delà d’un changement de présentation de l’offre.

Elle rend Féroce plus résiliente.
Elle renforce notre valeur.
Elle améliore notre capacité à tenir nos engagements auprès des éleveurs.
Elle garantit un modèle plus juste pour les consommateurs.
Elle répond aux principales frictions identifiées par le SAV.
Et surtout, elle traduit une intention profonde : construire bien plus qu’une marque.

Féroce veut devenir une philosophie.
Un mouvement.
Une communauté.
Un art de vivre.

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