Chapitre 44

Pourquoi nous devons lever des fonds ?

Chapitre 44 - Pourquoi nous devons lever des fonds ? - Féroce

Lorsqu’on veut développer une entreprise, deux grands modèles s’opposent.

D’un côté, le bootstrap, fondé sur une logique d’autofinancement de la croissance.
De l’autre, la levée de fonds, qui consiste à diluer une partie de son capital pour obtenir des ressources externes afin de financer une vision plus ambitieuse.

En réalité, beaucoup de projets commencent en mode bootstrap, souvent plus par contrainte que par choix. Il faut d’abord construire un prototype (le Minimum Viable Product) pour tester son marché. Cette phase est d’ailleurs devenue beaucoup plus accessible grâce à l’IA et aux outils no-code, qui permettent de lancer, apprendre et itérer plus vite qu’avant.

Une fois le product-market fit validé par une première traction, l’entrepreneur dispose enfin de chiffres, de signaux et de métriques pour défendre son projet auprès d’investisseurs.

C’est alors qu’intervient la logique classique du capital-risque : financer un plan de croissance sur cinq ans, construire un prévisionnel agressif, accélérer fortement, puis chercher à revendre l’entreprise avec un multiple élevé de sa valorisation initiale.

Comme je l’ai raconté ici, ce n’est pas la vision que j’ai pour Féroce.

Mais à l’inverse, rester intégralement bootstrap ne me semble pas non plus être la bonne option. L’accès au capital me semble essentiel pour Féroce pour 3 raisons :

1. Notre modèle crée naturellement des besoins de financement

Comme toutes les entreprises e-commerce, nous avons un besoin en fonds de roulement : il correspond au décalage entre le moment où l’on paie les stocks et celui où l’on encaisse leur vente. Plus une entreprise croît vite, plus ce besoin augmente.

Chez Féroce, cette contrainte est encore plus forte en raison de notre niveau d’exigence.

Prenons l’exemple de l’huile d’olive. Nous voulons proposer une huile aussi fraîche que possible, embouteillée dans l’année de récolte. Cela implique d’anticiper et de financer tout la production avec un an d'avance.. Si nous prévoyons de vendre 30 000 bouteilles, c'est 300 000 € de cash immobilisé.

Autrement dit : même une croissance saine peut rapidement devenir très consommatrice de liquidités.

2. Parce que mon ambition pour Féroce est grande

Je veux contribuer à transformer en profondeur l’alimentation et l’agriculture en France. Je n’ai pas envie d’améliorer marginalement la vie de quelques personnes. Je veux toucher le plus de monde possible, parce que ça résonne directement avec ma mission de vie.

3. Parce que la croissance est indispensable à la survie

Beaucoup pensent qu’une croissance plus lente, maîtrisée et autofinancée “en bon père de famille” est l’option la plus prudente. Ce n’est pas ce que je crois.

Plus nous nous développons, plus nous apprenons.

Nous avons plus de clients, plus de retours, plus de moyens. Nous pouvons tester davantage, améliorer plus vite nos process et nos produits, recruter de meilleurs talents, investir dans des technologies plus performantes.

Autrement dit, accélérer notre développement revient à accélérer notre courbe d’apprentissage.

Et cette courbe d’apprentissage nourrit un cercle vertueux :

  • de meilleures performances opérationnelles,
  • des économies d’échelle sur la production, le marketing et la logistique,
  • une baisse progressive des coûts,
  • et donc, à terme, des prix plus accessibles pour les clients, sans sacrifier ni la qualité ni la marge.

C’est évidemment une bonne nouvelle pour les consommateurs, et pour notre objectif de rendre Féroce accessible au plus grand nombre.

Mais c’est aussi un avantage concurrentiel considérable.

Car lorsque de nouveaux concurrents arriveront, ils seront, eux, beaucoup moins avancés sur cette courbe d’apprentissage. Leurs coûts seront plus élevés. Ils auront donc beaucoup plus de mal à proposer le même niveau de qualité au même prix tout en conservant une structure économique viable.

Autrement dit : plus nous apprenons vite, plus nous devenons difficiles à rattraper.

Pour ces raisons, l’accès au capital me semble être une nécessité stratégique.

Quels leviers de financement pour Féroce ?

Si les fonds d’investissement classiques ne correspondent pas à ma vision du développement de Féroce, quelles sont les alternatives ?

La dette bancaire

La dette bancaire est un levier intéressant, mais elle reste limitée car elle ne finance pas vraiment le risque. Les montants accessibles dépendent généralement du niveau de fonds propres du bilan.

En simplifiant : si une entreprise génère 100 000 € de bénéfices en fin d’année, elle pourra obtenir 100 000€ en dette bancaire.

On comprend vite la limite : une entreprise en forte croissance, qui double ou triple de taille chaque année, ne peut pas attendre la clôture de son bilan annuel pour financer son développement.

(En plus, la dette bancaire est parfois assortie de garanties personnelles. Aujourd’hui, Féroce a deux crédits pour un montant total de 200 000 €, et c’est mon patrimoine personnel qui sert de garantie auprès de la banque.)

La BPI

La BPI fonctionne selon une logique assez proche des banques traditionnelles, souvent avec un ratio de financement comparable, mais dans des conditions beaucoup plus favorables.

Différé de remboursement, absence de caution solidaire, accompagnement plus adapté : c’est un levier très utile, mais qui reste lui aussi dépendant des fonds propres de l'entreprise.

Le crowdfunding en capital

C’est précisément pour cette raison que le crowdfunding m’a semblé être la meilleure option car il permet de faire entrer des particuliers au capital de l’entreprise, sans pour autant adopter la logique classique du capital-risque.

Il permet ainsi de financer notre développement avec des capitaux externes, sans être obligé de construire un scénario de type “quitte ou double”, uniquement orienté vers une revente de l’entreprise dans cinq ans.

Cette option s’est imposée assez naturellement pour Féroce. Nous avons bâti autour de la marque une communauté extrêmement engagée, et beaucoup de clients m’écrivaient déjà, depuis longtemps, pour me dire qu’ils voudraient investir dans l’aventure.

Les fonds permettront évidemment de financer nos projets. Mais ils renforceront aussi considérablement nos fonds propres, et donc notre capacité à mobiliser ensuite de la dette bancaire ou BPI. C'est l'effet levier.

Concrètement, si nous levons 1 million d’euros, nous pouvons aussi aller chercher jusqu’à 1 million d’euros de dette supplémentaire pour accompagner la croissance.

Le capital ne finance donc pas seulement directement le développement de Féroce. Il augmente aussi notre puissance de financement globale.

Et c’est cette combinaison qui peut nous permettre d’accélérer sans renoncer à notre indépendance stratégique.

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Chapitre 43 - La stratégie du petit poucet
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Chapitre 45 - Plus qu'un crowdfounding : de véritables actionnaires